Bouton en alliage cuivreux, orné du Lion des Flandres.
La découverte fortuite de ce bouton, au pied des schistes qui affleurent à quelques mètres du prieuré de Port-Bail, était inattendue.
Merci à Dominique Beneult et à Jean-Marc Yvon, pour leur aide, à Bruno Bell, pour l'avoir restauré, à Madame Ilse Bogaerts et ses collègues du Musée Royal de l'Armée et d'Histoire Militaire de Bruxelles - Belgique, pour leur expertise concluant à un bouton de l'Armée Belge de la première guerre mondiale, fabriqué en Amérique.
Merci à Jean Barros, pour cet article qui nous rappelle les liens qui unissent la Côte des Isles à la Belgique.
Gilles Laisné
Par Jean Barros, historien. 24 septembre 2010.
DES SOLDATS BELGES A BARNEVILLE, CARTERET ET PORTBAIL PENDANT LA GRANDE GUERRE 1914-1918.
Depuis plusieurs années déjà, l'Europe était inéluctablement entraînée vers la guerre. Le gouvernement français décréta la mobilisation générale le 1er Août 1914.
Les armées allemandes, en application du plan Schlieffen pénétrèrent en Belgique dès le 4 août 1914 et franchirent la frontière franco-belge les 24 et 26 août 1914.
En septembre 1914, Carteret reçut quelques uns des 1000 réfugiés belges qui avaient été dirigés vers le département de la Manche.
En vertu d'un accord entre les gouvernements belges ( 1 ) et français, visant à assurer en France la formation militaire des classes 1899 à 1915, des camps d'instruction de l'armée belges sont ouverts dès l'automne 1914.
A la mi-octobre 1914, les effectifs de ces classes de recrutement s'élevaient à 40.000 recrues pour lesquelles les 3ème et 10ème Régions militaires devaient organiser la répartition par groupes d'environ 1000 hommes répartis dans les grandes villes ( 2 ). En ce qui concerne la 10ème région militaire, la répartition des 9000 recrues qui devaient y être reçues était la suivante: 2600 hommes à Cherbourg, 1200 à Saint-Lô, 1200 à Granville, 3000 à Valognes et 1000 à Carteret ( 2 ).
On dispose de quelques chiffres concernant quelques camps du Cotentin: 10 compagnies de 250 hommes à Carentan ( camp d'instruction n°8 ), 700 hommes à Coutances en janvier 1915, 3000 à Cherbourg. En mars 1915, les cantonnements de la lande de Lessay abritaient 750 recrues.
Dès octobre 1914, le camp d'instruction de Carteret était opérationnel et le premier contingent de recrues s'installa dans les locaux réquisitionnés: villas, telles que Guedwal et l'Ermitage à Carteret, hôtels tel que le Grand Hôtel de la Mer à Carteret, le château de la princesse de Chimay ( l'américaine Clara Ward ) à la plage de Barneville. Le massif dunaire du bord de mer servait de champ de manoeuvres où les recrues apprenaient à creuser des tranchées.
A Carteret, le 2 novembre 1914, sur ordre du gouvernement belge, un service solennel fut célébré en l'église de Carteret à la mémoire des soldats des nations alliées morts au champ d'honneur.
Le vendredi 6 novembre 1914, M. Renkin, ministre des colonies de Belgique, vint inspecter le centre d'instruction de Carteret. Avec M. Folien député de Bruxelles, et accompagné de M. Vidal, sous-préfet de Valognes, il passa en revue les 1000 recrues du centre d'instruction et inspecta les cantonnements. Les autorités civiles furent reçues par les commandants belge et français, le maire et le conseil municipal, l'instituteur et le lieutenant des douanes.
Le dimanche 15 novembre 1914, un Te Deum fut chanté dans l'église de Carteret à l'occasion de la fête de Sa Majesté Albert, roi des Belges. Une compagnie de soldats belges rendait les honneurs au passage des officiers belges, du général Sériot et du contre-amiral Richard comte d'Abnour ( 3 ).
Le 27 juin 1915, eu lieu la remise solennelle d'un drapeau offert par la population de Carteret au centre d'instruction.
Plusieurs milliers de recrues, belges pour la majorité, mais aussi hollandaises et anglaises, séjournèrent à Carteret et Barneville avant de partir pour le front d'où beaucoup ne sont jamais revenus. De 1915 à mai 1917, les groupes de recrues se succédèrent tous les quatre mois, arrivant et repartant par le chemin de fer. Les partants étaient accompagnés en gare de Carteret par de nombreux carteretais et carteretaises ( 4 ).
Fin 1916, le commandant Van Tilt, ancien commandant du centre de Carteret, y est revenu; il était alors membre de la mission militaire belge attachée au G.Q.G. de l'armée britannique en France ( 5 ).
En mai 1917, le centre d'instruction de Carteret fut transféré au camp d'Auvours dans la Sarthe.
En mai 1918, des dépêches officielles, adressées aux maires de Barneville et Carteret, annonçaient le retour du centre d'instruction et les invitaient à réserver les anciens cantonnements; il n'y eut pas de suite.
En 1918, des soldats belges convalescents séjournèrent à Carteret; il en a été de même aux Moitiers-d'Allonne.
Portbail a été un centre sanitaire important. Le 14 janvier 1915, arriva à Portbail un important contingent de soldats belges convalescents venant de Saint-Lô. Ils occupèrent la villa du Domaine, l'Hôtel de la Mer et différentes villas de la plage. En novembre 1915, les formations sanitaires de Portbail disposaient de 266 lits: 76 à la villa scolaire, 85 à l'Hôtel de la Mer, 32 à l'école des filles et 23 au sémaphore ( 6 ). Au cours de l'année 1915, près de 2000 soldats belges convalescents ont été soignés à Portbail. De 1915 à 1919, l'hôpital belge de Portbail aurait soigné, au moins, 5300 blessés convalescents ( 7 ).
Dans la Manche, le plus important centre sanitaire belge était situé à Saint-Pair-sur-Mer.
Au cimetière de Barneville, reposent trois soldats belges morts pour la Belgique ( 8 ): le soldat Léon Van Hecke, originaire de Melle, mort le 5 juin 1915; le soldat Léon Gyselbrecht, originaire d'Aeltre, mort le 11 décembre 1916; le sergent Paul Coppée, originaire de Thuin, mort le 3 juillet 1916. Sans doute y en a-t-il eu d'autres dont nous n'avons pas retrouvé les noms faute d'avoir fait des recherches dans l'état civil des communes de Carteret, des Moitiers d'Allonne et de Portbail.
Les communes de Portbail et de Barneville-Carteret s'honoreraient en apposant, en un lieu convenable, une plaque à la mémoire des soldats belges qui, voilà bientôt un siècle ont séjourné chez nous comme recrues ou convalescents, particulièrement sur la façade du bâtiment voyageurs de la gare de Carteret, d'où ils sont partis au front dont, pour le plus grand nombre, ils ne sont pas revenus. Méritent-ils de rester dans l'oubli ?
( 1 ) Le 9 octobre 1914, le gouvernement belge en exil avait été transféré à Sainte-Adresse ( Le Havre ).
( 2 ) Service Historique de la Défense, département Marine, Cherbourg, cote 2A5.7/1 Dossier belge.
( 3 ) Bulletin paroissial de Carteret, N°12, décembre 1914.
( 4 ) Voir les photographies ( collection privée ).
( 5 ) Bulletin paroissial de Carteret, n°1, janvier 1917.
( 6 ) André Miclot, La petite histoire de portbail, 1970, Cherbourg.
( 7 ) J. Rousseau, Les formations sanitaires belges de la guerre 1914-1918.
( 8 ) Voir la photo de leur sépulture.
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